Une hirondelle de mer au bord du Léman
La sterne pierregarin – parfois appelée « hirondelle de mer » – est un oiseau migrateur. Elle hiverne en Afrique, et revient progressivement sous nos latitudes de début avril à fin mai, où elle niche en colonies sur des bancs de galets. À partir des années 1940, la sterne pierregarin voit ses populations décliner, la correction des cours d’eau et l’exploitation intensive du gravier ayant entraîné la destruction progressive de ses sites de nidification.
Pour accueillir à nouveau les sternes, plusieurs radeaux recouverts de galets sont installés à partir de 1979 à Verbois, ce qui permet à ces oiseaux de nicher à l’abri des dérangements et des prédateurs. En 2009, un radeau est installé sur un deuxième site du canton, dans la réserve naturelle de la Pointe à la Bise, à Collonge-Bellerive. Mais il ne rencontre qu’un succès limité pendant quelques années, notamment à cause de la présence de goélands qui dérangent les sternes.
Des turbulences et une réorganisation des colonies
En 2024, une crue exceptionnelle inonde les nids d’une colonie de mouettes rieuses dans le delta de la Dranse près de Thonon-les-Bains. Une quinzaine de couples se réfugient alors au barrage de Verbois, cet événement marquant la première nichée de mouettes rieuses jamais observée dans le canton.
Mais cette arrivée des mouettes perturbe probablement les sternes de Verbois, qui se déplacent alors à la Pointe à la Bise. En parallèle, un couple de corneilles noires s’attaque spécifiquement aux œufs de sternes des Grangettes à Villeneuve, à l’autre bout du lac, forçant vraisemblablement ces dernières à se réfugier elles aussi à la Pointe à la Bise. Par chance, la plateforme vient justement d’être rénovée par le GOBG (Groupement Ornithologique du Bassin Genevois) grâce à un financement du Fonds Electricité Vitale Vert de SIG.
De nouveaux radeaux à sternes dans le canton
Pour renforcer cette dynamique de recolonisation, un deuxième radeau – muni d’une caméra pour observer les oiseaux sans les déranger – est installé au printemps 2025 à la Pointe à la Bise, toujours grâce au Fonds Electricité Vitale Vert. Pour cet oiseau qui niche en Suisse presque exclusivement sur des aménagements artificiels, chaque ajout d’un nouveau site est crucial, et la complémentarité avec les radeaux de Verbois permet aux sternes de faire face à des événements exceptionnels comme ceux survenus en 2024.
Le succès est d’ailleurs au rendez-vous : en 2024, on comptait 74 couples dans le canton. Les sternes étant fidèles à leurs sites de nidification au fil des ans, les habitants de la région devraient avoir le plaisir de les retrouver chaque printemps à leur retour d’Afrique. Un bel exemple d’intervention ciblée qui permet le retour d’une espèce fragilisée par les activités humaines.